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Suites de couches

Test dépression post-partum : l’échelle d’Édimbourg

Maïwenn Estrade · 10 octobre 2026 5 min de lecture
Le test le plus utilisé après l’accouchement est l’échelle d’Édimbourg (EPDS) : 10 questions, chacune notée de 0 à 3, pour un total sur 30. Un score de 10 à 12 invite à surveiller et à en parler ; à partir de 13, une dépression est probable. Une réponse positive à la question 10, sur les pensées de se faire du mal, exige un appel immédiat au 3114 ou au 15. Ce test oriente, il ne pose pas le diagnostic.

Pleurer sans raison, ne plus rien ressentir pour son bébé, se sentir dépassée au bout de trois semaines : ces états ne sont pas rares, mais ils ne se valent pas. Un test d’auto-évaluation permet de faire la part des choses en cinq minutes. Environ une mère sur sept traverse une dépression du post-partum, le plus souvent dans les 3 mois qui suivent la naissance, et la plupart guérissent bien quand elles sont aidées tôt.

Comment fonctionne le test ?

L’échelle d’Édimbourg (Edinburgh Postnatal Depression Scale, ou EPDS) a été conçue en 1987 et validée en français. Elle porte sur les 7 derniers jours, pas sur la journée. On répond seule, sans réfléchir longtemps, en choisissant la réponse la plus proche de ce que l’on a ressenti. Elle est utilisée par les sages-femmes, les médecins et les services de PMI, souvent entre 6 et 8 semaines après la naissance. Faite plus tôt, au tout début des suites de couches, elle peut surévaluer le score à cause de la fatigue et des variations hormonales.

Les dix questions, et ce qu’elles cherchent

Voici les thèmes, résumés avec nos mots. Le questionnaire officiel formule chaque item avec quatre réponses graduées ; demandez-le à votre sage-femme ou à votre médecin pour le remplir.

N° Thème exploré (sur les 7 derniers jours) Sens de la notation
1 Pouvoir rire et voir le bon côté des choses Inversée (0 = autant qu’avant)
2 Se réjouir de l’avenir Inversée
3 Se reprocher des choses sans raison Directe (3 = le plus souvent)
4 Être anxieuse ou inquiète sans raison Inversée
5 Avoir peur ou paniquer sans raison Directe
6 Se sentir dépassée par les événements Directe
7 Mal dormir parce qu’on est malheureuse Directe
8 Se sentir triste ou misérable Directe
9 Pleurer parce qu’on est malheureuse Directe
10 Penser à se faire du mal Directe
Thèmes des dix items de l’échelle d’Édimbourg et sens de notation (la version officielle fait foi).

La question 7 est piégeante : tout nouveau-né réveille la nuit. Elle ne cible pas le manque de sommeil dû aux tétées, mais l’impossibilité de dormir quand le bébé dort. Pour des repères sur les nuits, voir notre article sur le réveil nocturne du nouveau-né.

Lire son score

On additionne les dix notes. La fourchette va de 0 à 30. Les seuils varient légèrement selon les études ; ceux ci-dessous sont les repères les plus courants.

Lecture du score de l’échelle d’Édimbourg : 0 à 9 peu probable, 10 à 12 à surveiller, 13 et plus dépression probable, question 10 positive urgence
Les quatre zones de lecture du score à l’échelle d’Édimbourg.

Un score élevé ne signifie pas « mauvaise mère ». Il indique une souffrance qui se soigne, par la parole, parfois par un traitement. Un score bas n’interdit pas de demander de l’aide si le doute persiste : le test est un repère, pas un verdict. Refaites-le 2 semaines plus tard si votre état change.

Baby blues ou dépression ?

Le baby blues touche jusqu’à 8 femmes sur 10, entre le 3e et le 5e jour, et disparaît en moins de 2 semaines. La dépression s’installe plus tard, dure plus de 2 semaines et envahit le quotidien : perte de plaisir, culpabilité, difficulté à s’occuper de soi et du bébé. Le détail se trouve dans notre article sur le baby blues.

Le test dit 13, la situation dit plus

Une mère isolée, après une naissance difficile, avec un antécédent de dépression ou peu de soutien, a intérêt à consulter dès 10, sans attendre 13.

Vers qui se tourner

  • La sage-femme (libérale, de PMI ou de maternité), qui peut faire le test et orienter.
  • Le médecin traitant, pour un bilan (thyroïde, anémie) et un éventuel traitement.
  • La PMI, gratuite, avec infirmières puériculteurs et psychologues.
  • Un psychologue ou un psychiatre, en ville ou en unité mère-bébé pour les formes sévères.
  • Le 3114, numéro national de prévention du suicide, 24 heures sur 24, ou le 15 en cas d’urgence.

Le plus utile est de dire les choses à une personne de confiance, même maladroitement. Pour le cadre des semaines après l’accouchement, voir les six semaines de suites de couches.

Et le co-parent ?

Environ un père sur dix présente aussi des signes de dépression dans la première année. L’EPDS existe en version adaptée, mais ses seuils sont un peu plus bas. Un co-parent épuisé, irritable ou qui se replie mérite la même écoute que la mère.

Un test de dépression post-partum peut-il remplacer une consultation ?

Non. Il détecte un risque, il ne pose pas de diagnostic. Seul un professionnel de santé confirme une dépression, à partir d’un entretien et d’un examen.

À partir de quand faire le test après l’accouchement ?

Idéalement entre 6 et 8 semaines, car plus tôt le score est faussé par la fatigue et les hormones. Si vous vous sentez mal avant, parlez-en sans attendre.

Que signifie un score de 13 ou plus ?

Une dépression est probable. Prenez rendez-vous avec un médecin ou une sage-femme dans la semaine pour un entretien et un bilan.

Combien de temps dure une dépression du post-partum ?

Souvent de 3 à 6 mois avec une prise en charge, parfois plus sans aide. Plus on consulte tôt, plus l’amélioration est rapide.

Peut-on allaiter en étant soignée ?

Oui dans la plupart des cas. Certains traitements sont compatibles avec l’allaitement ; demandez au médecin ou au pharmacien de vérifier.

Si vous reconnaissez plusieurs de ces signes, notez votre score ce soir et appelez demain votre sage-femme ou votre médecin. Une seule phrase suffit pour commencer : « Je ne vais pas bien depuis la naissance. »

Source Haute Autorité de santé : recommandations sur le suivi et l’accompagnement des femmes après l’accouchement, dépistage de la dépression du post-partum.
Cet article est informatif. Il ne remplace pas l'avis de votre sage-femme ou de votre médecin.
Maïwenn Estrade

Sage-femme en Occitanie, autrice de ce magazine. Son parcours