Le périnée est un hamac de muscles qui ferme le bas du bassin : il soutient la vessie, l’utérus et le rectum. Pendant la grossesse, il porte un poids croissant ; à l’accouchement, il s’étire de plusieurs fois sa longueur. La rééducation du périnée l’aide à retrouver sa force et sa souplesse. Elle s’adresse à toutes les mères, qu’il y ait eu voie basse, forceps ou césarienne.
À quoi sert-elle, et pour qui ?
La rééducation prévient et traite trois types de gêne : les fuites d’urine à l’effort (toux, éternuement, rire, saut), la sensation de pesanteur dans le bas-ventre, et les douleurs ou la perte de sensation lors des rapports. Jusqu’à une femme sur trois a des fuites dans les mois qui suivent un premier accouchement. Sans prise en charge, elles persistent souvent des années.
Une césarienne ne dispense pas de rééducation : la grossesse elle-même affaiblit le plancher pelvien, et certaines femmes opérées en urgence après un long travail ont subi la même poussée. Le suivi postnatal vérifie la tonicité du périnée par un examen simple, que la sage-femme pratique au cours de la visite des six semaines.
Quand commencer : le calendrier des premiers mois
Le moment compte : trop tôt, les tissus ne sont pas cicatrisés ; trop tard, les habitudes de compensation s’installent. Le tableau résume les étapes habituelles après une naissance sans complication.
| Période | Ce qui se passe | Ce qu’on fait |
|---|---|---|
| Jours 1 à 14 | Cicatrisation de la déchirure ou de l’épisiotomie, saignements | Repos, hygiène, prise de conscience du périnée sans effort |
| Semaines 2 à 6 | Fin des saignements, retour progressif aux gestes du quotidien | Éviter les efforts de poussée, soulever léger, boire et manger des fibres |
| Semaines 6 à 8 | Visite postnatale chez la sage-femme ou le médecin | Examen du périnée, prescription des séances |
| Semaines 8 à 20 | Séances de rééducation (environ 10) | Travail du muscle, biofeedback, exercices à domicile |
| Mois 4 à 6 | Bilan de fin de rééducation | Reprise du sport avec impact, si le bilan est favorable |
Une épisiotomie ou une déchirure profonde demande un délai de cicatrisation plus long, parfois 8 à 10 semaines. La cicatrice d’une césarienne se surveille à part, comme l’explique la fiche sur la cicatrice de césarienne. La fin des saignements suit l’évolution du retour de couches.

Les quatre méthodes utilisées en séance
Une séance dure environ 30 minutes. La sage-femme ou le kinésithérapeute choisit une ou plusieurs techniques, selon le bilan.
- La rééducation manuelle : le praticien repère les muscles par voie vaginale, évalue la force (de 0 à 5) et guide la contraction. C’est la méthode de base.
- Le biofeedback : une petite sonde mesure la contraction et la montre sur un écran. Le retour visuel aide à contracter le bon muscle.
- L’électrostimulation : des impulsions douces font contracter le muscle quand il répond mal. Elle sert à « réveiller » le périnée avant le travail volontaire.
- Les exercices guidés : contractions en position allongée, assise, puis debout, coordonnées avec le souffle.
Rien ne doit faire mal. Si une technique est gênante, le praticien en change : la rééducation se règle sur le confort de la patiente. La rééducation manuelle seule suffit dans de nombreux cas, et la sonde n’est pas obligatoire.
Combien de séances, et avec qui ?
La prescription comprend en général 10 séances, prises en charge par l’Assurance maladie sur ordonnance d’un médecin ou d’une sage-femme. Elles se répartissent sur 2 à 3 mois, à raison d’une par semaine ou tous les quinze jours. Un complément est possible si le bilan l’exige, avec accord du médecin. Le taux de remboursement figure sur le site de l’Assurance maladie.
Deux professions pratiquent la rééducation : la sage-femme, dont c’est une compétence de base, et le kinésithérapeute formé à la rééducation périnéale. Le choix se fait sur la disponibilité et sur le confort : certaines patientes préfèrent la sage-femme qui a suivi leur grossesse. Demandez toujours au praticien s’il propose le biofeedback, et prenez rendez-vous dès la visite postnatale, car les délais atteignent parfois plusieurs semaines.
Quels signes doivent alerter ?
Certains signes demandent d’avancer le rendez-vous, sans attendre la visite des six semaines. Le tableau les associe à la conduite habituelle.
| Signe | Ce que cela peut indiquer | Que faire |
|---|---|---|
| Fuites d’urine à la toux ou à l’effort | Périnée affaibli | Parler à la sage-femme, séances après la visite |
| Impression de « boule » ou de poids dans le vagin | Début de descente d’organe | Consulter sous quelques jours |
| Impossibilité de retenir les gaz ou les selles | Atteinte du sphincter anal | Consulter rapidement, rééducation spécifique |
| Douleur persistante de la cicatrice | Cicatrisation difficile, adhérences | Avis de la sage-femme, massage de cicatrice |
| Fièvre, pertes malodorantes, douleur croissante | Infection de la plaie | Urgence : médecin ou maternité le jour même |
Un trouble de l’humeur, des pleurs inexpliqués ou une grande fatigue ne relèvent pas du périnée, mais ils comptent aussi à cette période. La fiche sur le baby blues aide à faire la différence avec un simple coup de fatigue.
Que faire chez soi entre deux séances ?
En complément des séances, un travail quotidien court entretient le gain. Il se pratique allongée sur le dos, genoux fléchis, avant de passer à la position assise puis debout. Ne commencez qu’après avoir reçu les consignes du praticien : une contraction mal faite renforce les mauvais muscles.
- Contraction lente : serrer comme pour retenir un gaz et uriner, en soufflant doucement. Tenir 5 secondes, relâcher 10 secondes. 10 répétitions, 3 fois par jour.
- Contraction rapide : serrer et relâcher aussitôt, 10 fois de suite, comme un clignement. 2 séries par jour.
- Contraction à l’effort : contracter le périnée avant de tousser, d’éternuer ou de soulever bébé (« verrouillage »). À faire à chaque effort, dès que le geste est acquis.

Les erreurs fréquentes : retenir sa respiration, serrer les fessiers ou les cuisses à la place du périnée, ou pousser vers le bas. Vous contractez bien quand le bas-ventre reste détendu et que la respiration continue.
Reprise du sport et des abdominaux
Les abdominaux classiques (relever le buste) augmentent la pression sur le périnée : ils sont déconseillés avant la fin de la rééducation. La marche reprend dès que les saignements cessent, la natation quand la cicatrice est fermée. Les sports avec impact (course, saut, corde à sauter) attendent le bilan, vers 4 à 6 mois, et se réintroduisent par paliers.
Si des fuites réapparaissent pendant l’effort, reculez d’un cran : cela ne signifie pas un échec, mais que le périnée n’est pas encore prêt. Un nouveau bilan avec la sage-femme ajuste le programme.
Questions fréquentes
La rééducation du périnée est-elle obligatoire ?
Elle n’est pas obligatoire, mais elle est recommandée à toutes les femmes après l’accouchement. Le médecin ou la sage-femme la prescrit à la visite postnatale, avec une priorité en cas de fuites, de déchirure importante ou de forceps.
Combien de séances sont prises en charge ?
Dix séances en règle générale, sur prescription. Des séances supplémentaires sont possibles si le bilan le justifie. Le taux de remboursement dépend de votre situation : l’Assurance maladie ou votre mutuelle le précisent.
Peut-on se rééduquer après une césarienne ?
Oui. La grossesse affaiblit le périnée même sans accouchement par voie basse. La rééducation commence quand la cicatrice de césarienne est refermée, souvent vers 6 à 8 semaines.
Les séances sont-elles douloureuses ?
Elles ne doivent pas l’être. La rééducation manuelle peut gêner au début si la cicatrice est sensible ; dites-le au praticien, qui adapte le geste. Aucune technique n’est imposée.
Est-il trop tard pour se rééduquer des mois après ?
Non. La rééducation reste utile des mois, voire des années après la naissance, tant que des fuites ou une pesanteur persistent. Les résultats sont plus rapides quand elle débute tôt.
À l’occasion de la visite postnatale, demandez directement l’ordonnance pour 10 séances, prenez rendez-vous dans la foulée et commencez la contraction lente décrite plus haut, trois fois par jour. Si des fuites ou une pesanteur apparaissent avant, appelez votre sage-femme plutôt que d’attendre.