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Maïwenn Estrade Maïwenn EstradeSage-femme en Occitanie
Suites de couches

Tranchées après l’accouchement : durée et soulagement

Par Maïwenn Estrade · 16 septembre 2026
L’essentiel

Les tranchées sont les contractions de l’utérus qui reprend sa taille après la naissance. Elles surviennent surtout pendant les tétées, sous l’effet de l’ocytocine, durent en général deux à cinq jours et sont nettement plus fortes à partir du deuxième enfant. Paracétamol, vessie vide et chaleur locale suffisent le plus souvent.

Personne n’en parle pendant la grossesse, et elles surprennent presque toutes les femmes qui accouchent une seconde fois. Ces douleurs ressemblent à des contractions de travail, en plus court, et elles ont une fonction précise.

À quoi servent les tranchées ?

Après la délivrance, l’utérus doit passer d’environ un kilo à une soixantaine de grammes, et retrouver sa place dans le petit bassin. Ce retour s’appelle l’involution utérine, et il se fait par contractions.

Ces contractions ont aussi un rôle hémostatique : en se resserrant, le muscle utérin comprime les vaisseaux de la zone où le placenta était inséré et limite les saignements. La douleur signale donc un mécanisme utile.

L’ocytocine libérée pendant la tétée déclenche ces contractions, ce qui explique le rythme si particulier des tranchées : elles arrivent au moment où le bébé prend le sein, et s’apaisent après.

Ce lien avec la tétée déroute souvent, car la douleur peut surgir alors que la mise au sein se passe bien. Certaines femmes ressentent aussi un écoulement de lochies plus marqué pendant la tétée : c’est le même mécanisme, l’utérus qui se vide en se contractant.

Tranchées : à quoi s’attendre après la naissance
Ce qui est habituel, et ce qui doit faire consulter.

Pourquoi si fortes au deuxième ?

Chez une première naissance, l’utérus garde un bon tonus et se rétracte de façon continue, souvent sans douleur marquée. Beaucoup de femmes ne ressentent alors qu’une gêne sourde.

Aux naissances suivantes, le muscle a déjà été distendu et se contracte de façon intermittente, par à-coups plus vigoureux. C’est cette alternance qui rend les tranchées franchement douloureuses au deuxième, au troisième et au-delà.

L’allaitement les intensifie, sans qu’il faille y voir un problème. Elles participent au contraire à une récupération plus rapide, comme le rappellent nos repères sur les six semaines de suites de couches.

Soulagez-les simplement

  • Videz la vessie souvent, toutes les deux à trois heures. Une vessie pleine empêche l’utérus de se contracter correctement et majore la douleur.
  • Prenez le paracétamol avant la tétée, une demi-heure environ, plutôt qu’après le pic douloureux. L’anticipation change tout.
  • Posez une bouillotte tiède sur le bas-ventre pendant la tétée, ou un coussin de noyaux de cerise.
  • Installez-vous confortablement avant de mettre le bébé au sein, en soutenant bien le dos : une bonne position d’allaitement réduit la crispation générale.
  • Respirez lentement pendant la contraction, comme pendant le travail. L’expiration longue reste l’outil le plus accessible.

L’ibuprofène est compatible avec l’allaitement et souvent plus efficace sur ces douleurs, mais il se prend sur avis médical, notamment en cas d’antécédent digestif ou rénal.

Combien de temps ça dure

Jour Hauteur utérine Ce qu’on ressent
Jour 1 Au niveau du nombril Contractions nettes à chaque tétée
Jour 3 Trois travers de doigt sous le nombril Pic d’intensité habituel
Jour 5 À mi-chemin du pubis Douleurs qui s’espacent
Jour 7 Juste au-dessus du pubis Gêne légère, parfois absente
Jour 10 Non palpable au-dessus du pubis Tranchées terminées
La sage-femme suit cette descente lors des visites à domicile : elle témoigne d’une involution normale.

Le pic se situe presque toujours entre le deuxième et le troisième jour, au moment où la montée de lait s’installe. Passé le cinquième jour, l’intensité décroît nettement, et la douleur devient une simple gêne.

Après une césarienne, les tranchées existent aussi, mais elles se mêlent à la douleur de la cicatrice, ce qui rend leur repérage plus difficile. Les antalgiques prescrits à la sortie couvrent en général les deux, et il ne faut pas hésiter à en parler à la sage-femme lors de la visite à domicile.

Jeune mère au repos
Le pic se situe presque toujours au deuxième ou troisième jour.

Signes qui doivent alerter

Une douleur qui s’intensifie au lieu de diminuer après le cinquième jour, surtout si elle devient permanente et sans lien avec les tétées, justifie un appel à la sage-femme ou au médecin.

La fièvre au-dessus de 38 °C, des lochies malodorantes, un saignement rouge vif abondant ou l’émission de caillots volumineux imposent un avis rapide. Ces signes peuvent évoquer une endométrite ou une rétention placentaire.

Les recommandations de suivi du post-partum sont publiées par la Haute Autorité de santé, qui détaille le calendrier des visites à domicile après la sortie de maternité.

Vous nous demandez souvent

Les tranchées sont-elles normales ?

Oui, elles accompagnent le retour de l’utérus à sa taille initiale et limitent les saignements. Leur absence n’est pas inquiétante non plus, surtout après un premier enfant.

Combien de temps durent-elles ?

Deux à cinq jours en général, avec un pic au deuxième ou troisième jour. Au-delà de dix jours, un avis médical s’impose.

Pourquoi font-elles plus mal au deuxième enfant ?

Parce que l’utérus déjà distendu se contracte par à-coups plus vigoureux, au lieu de se rétracter de façon continue comme lors d’une première naissance.

Que prendre contre la douleur ?

Le paracétamol en première intention, pris avant la tétée. L’ibuprofène, compatible avec l’allaitement, se prend sur avis médical.

Faut-il arrêter d’allaiter pour les calmer ?

Non. L’allaitement intensifie les tranchées mais accélère l’involution utérine. Anticiper l’antalgique reste la meilleure réponse.

Les tranchées passent vite, et elles se gèrent avec peu de chose : anticiper l’antalgique, vider la vessie, poser du chaud. Le reste du travail se fait tout seul, sans qu’il y ait quoi que ce soit à forcer.

Cet article est informatif. Il ne remplace pas l'avis de votre sage-femme ou de votre médecin.
Maïwenn Estrade

Sage-femme en Occitanie, autrice de ce magazine. Qui écrit ici