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Crevasse d’allaitement : la soigner sans arrêter d’allaiter

Maïwenn Estrade · 2 octobre 2026 10 min de lecture

Une crevasse d’allaitement est une fissure du mamelon, presque toujours due à une prise du sein trop superficielle. Elle apparaît surtout entre le 3e et le 7e jour. On corrige d’abord la prise et la position, on soigne en milieu humide (lait maternel, lanoline purifiée), et on continue d’allaiter. Une plaie qui ne s’améliore pas en 3 à 5 jours, du pus ou de la fièvre imposent de consulter.

Une crevasse ne veut pas dire que l’allaitement est raté. C’est un signal mécanique : le mamelon frotte ou se fait pincer à chaque tétée. Tant que la cause n’est pas corrigée, aucune crème ne suffit. Une fois la prise ajustée, une crevasse superficielle cicatrise en quelques jours, et la douleur baisse souvent dès la tétée suivante.

À quoi ressemble une crevasse ?

C’est une petite fente, une écorchure ou une zone à vif, sur le bout du mamelon ou à sa base. Elle peut former une croûte jaunâtre entre deux tétées, et parfois saigner. La douleur surprend à la mise au sein, comme une brûlure ou une coupure, et dure souvent toute la tétée.

C’est ce qui la sépare de la sensibilité normale des premiers jours. Pendant la première semaine, beaucoup de mères ont mal pendant les 30 à 60 premières secondes de la tétée, puis la douleur s’apaise. Elle diminue de jour en jour. Une douleur qui augmente, ou qui dure du début à la fin de la tétée, n’est pas une étape à « tenir » : quelque chose blesse le mamelon.

Frise des deux premières semaines d'allaitement : sensibilité normale, période à risque de crevasses, amélioration attendue et seuil pour consulter
Les repères des deux premières semaines : la douleur doit reculer, jamais s’installer.
Ce qu’on voit Ce qu’on ressent Délai habituel, cause corrigée Conduite
Mamelon rouge, irrité, sans plaie Douleur en début de tétée 24 à 48 heures Revoir la prise, lait maternel sur le mamelon
Fissure fine, sans saignement Brûlure pendant toute la tétée 3 à 5 jours Prise, position, soins en milieu humide
Crevasse profonde ou qui saigne Appréhension de chaque tétée 1 à 2 semaines Aide d’une professionnelle sous 48 heures
Croûte jaune, pus, rougeur qui s’étend Douleur croissante, parfois fièvre Selon le traitement Consultation rapide : possible infection
Repères de la rédaction. Sans correction de la prise, la plaie se rouvre à chaque tétée et ces délais ne valent plus.

Pourquoi le mamelon se fend : les causes principales

Dans la grande majorité des cas, tout part de la prise du sein. Quand la bouche du bébé n’est pas assez ouverte, il ne saisit que le bout du mamelon. Celui-ci se retrouve écrasé contre l’avant du palais, une zone dure, au lieu d’aller au fond de la bouche. Huit à douze tétées par jour suffisent alors à abîmer la peau.

D’autres causes s’ajoutent souvent à la première :

  • une position où le bébé doit tourner la tête ou tirer sur le sein ;
  • un frein de langue restrictif, qui empêche la langue de couvrir la gencive du bas ;
  • un sein retiré sans casser la succion ;
  • un sein très tendu, pendant la montée de lait ou un engorgement ;
  • un tire-lait réglé trop fort, ou une téterelle de mauvaise taille ;
  • du savon plusieurs fois par jour, des coussinets restés humides des heures.

Le sein engorgé entretient un cercle vicieux : l’aréole dure se laisse mal saisir, la tétée fait mal, on l’écourte, et le sein se vide encore moins. Assouplir l’aréole en exprimant un peu de lait à la main avant la tétée suffit souvent, comme l’explique notre article sur l’engorgement mammaire.

Corriger la prise du sein et la position

C’est le soin le plus efficace, et le seul qui empêche la crevasse de revenir. Une prise profonde se reconnaît à quelques signes :

  • la bouche grande ouverte avant d’arriver au sein ;
  • les lèvres retroussées vers l’extérieur, celle du bas surtout ;
  • le menton contre le sein, le nez dégagé ;
  • plus d’aréole visible au-dessus de la lèvre supérieure qu’en dessous ;
  • des joues rondes, qui ne se creusent pas, et des déglutitions audibles.
Mère accompagnée pendant une mise au sein à la maternité, le bébé amené face au sein
Les premières mises au sein se font souvent accompagnées : le bon moment pour vérifier la prise. Photo : David Goodman, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

On amène le bébé au sein, et non l’inverse. Son corps est tourné vers vous, oreille, épaule et hanche alignées, le nez en face du mamelon. Quand sa bouche s’ouvre en grand, on le rapproche d’un geste franc.

Un test se fait après chaque tétée : regarder le mamelon à la sortie de la bouche. Rond et allongé, tout va bien. Aplati, en biseau comme un rouge à lèvres neuf, ou marqué d’une ligne blanche, il a été comprimé.

Alterner les positions déplace aussi le point d’appui sur la plaie : allongée, ballon de rugby, mère semi-allongée. Leurs indications sont détaillées dans notre guide des positions d’allaitement.

Retirer le sein sans tirer

Glissez un doigt propre dans le coin de la bouche du bébé, entre les gencives, pour casser le vide, puis retirez le sein. Si la prise fait mal en cours de tétée, on fait de même et on recommence, plutôt que de serrer les dents.

Soigner une crevasse jour après jour

Une plaie cicatrise mieux en milieu humide qu’à l’air sec. Les soins suivent ce principe, et restent simples :

  1. Après la tétée, étaler quelques gouttes de lait maternel sur le mamelon et laisser sécher une à deux minutes.
  2. Appliquer une fine couche de lanoline purifiée ou d’un baume compatible avec l’allaitement, sans rinçage avant la tétée suivante.
  3. Pour une crevasse profonde, poser entre les tétées une compresse d’hydrogel, gardée au frais.
  4. Protéger le mamelon du frottement avec des coquilles d’allaitement, et changer les coussinets dès qu’ils sont humides.
  5. Laver à l’eau claire une fois par jour. Ni savon, ni alcool, ni antiseptique coloré, ni sèche-cheveux.

Commencer la tétée par le côté le moins abîmé aide, tout comme déclencher l’écoulement du lait en massant doucement le sein avant de proposer le côté blessé. Les bouts de sein en silicone peuvent dépanner quelques tétées, mais ils ne règlent pas la cause et peuvent réduire la production de lait : à utiliser peu de temps, avec l’avis d’une professionnelle.

Cartes comparant cinq douleurs du mamelon pendant l'allaitement : crevasse, muguet, vasospasme, bulle de lait et mastite, avec leur signe distinctif
Cinq douleurs du mamelon, cinq signes distinctifs, pour orienter la question à poser.

Crevasse, muguet, vasospasme : les distinguer

Toutes les douleurs du mamelon ne sont pas des crevasses. Une crème cicatrisante ne fera rien contre une mycose ou un spasme des vaisseaux. Quand la douleur résiste à une prise corrigée, on pense aux autres causes.

Situation Signe qui oriente Moment de la douleur Ce qu’on fait
Crevasse Fissure ou plaie visible Mise au sein et tétée Corriger la prise, soins humides
Muguet (candidose) Mamelon rose vif et luisant ; plaques blanches dans la bouche du bébé Brûlure qui irradie, après la tétée Consulter : mère et bébé se traitent ensemble
Vasospasme Mamelon qui blanchit puis bleuit après la tétée Douleur pulsatile, aggravée au froid Chaleur sèche juste après la tétée, en parler
Bulle de lait Petit point blanc sur le mamelon Douleur en épingle, localisée Chaleur humide avant la tétée, ne pas percer
Mastite Zone du sein rouge, chaude, gonflée ; fièvre Douleur du sein plus que du mamelon Continuer à vider le sein, consulter sous 24 heures
Les associations sont fréquentes : une crevasse peut se surinfecter, et une prise douloureuse favorise l’engorgement puis la mastite.

Le muguet se discute surtout quand la douleur arrive après plusieurs semaines sans souci, ou après des antibiotiques. Le vasospasme touche plus volontiers les femmes qui ont déjà les doigts blancs l’hiver. Les deux se confirment en consultation.

Peut-on continuer à allaiter avec des crevasses ?

Oui, et c’est recommandé. Arrêter brutalement un côté expose à l’engorgement et fait baisser la production. Si la douleur devient insupportable, une pause de 24 à 48 heures sur le seul côté blessé reste possible : le sein se vide à la main ou au tire-lait réglé doucement, et le lait se donne à la cuillère ou au gobelet.

Le sang d’une crevasse n’est pas dangereux pour le bébé. Il peut en recracher un peu, ou avoir des selles plus foncées : ce n’est pas lui qui saigne, signalez-le au pédiatre. Seule exception, une infection maternelle transmissible par le sang, comme l’hépatite C, où le médecin dira s’il faut suspendre le côté qui saigne.

Les tétées douloureuses poussent parfois à espacer les repas. Un nouveau-né tète pourtant souvent, et les soirées en rafale sont normales, comme le rappelle notre article sur le bébé qui tète toutes les heures la nuit. Les journées de demande accrue des pics de croissance mettent aussi les mamelons à l’épreuve : c’est le moment de surveiller la prise de près.

Quand consulter, et qui ?

Appelez sans attendre si l’un de ces signes apparaît :

  • aucune amélioration au bout de 3 à 5 jours malgré une prise revue ;
  • une plaie profonde qui saigne à chaque tétée ;
  • du pus, une croûte jaune épaisse, une rougeur qui s’étend ;
  • de la fièvre, une zone du sein rouge et chaude ;
  • un bébé qui mouille moins de cinq à six couches lourdes par jour après la première semaine.

La sage-femme est l’interlocutrice naturelle des premières semaines : après la sortie de maternité, elle peut venir à domicile, et ces visites sont prises en charge par l’Assurance maladie. Une consultante en lactation, la PMI ou le médecin peuvent aussi observer une tétée entière. Les autres signaux à surveiller sont réunis dans notre point sur les suites de couches.

Le frein de langue, à vérifier

Si la prise semble correcte mais que les crevasses reviennent, qu’on entend des claquements ou que le bébé lâche souvent le sein, demandez qu’on examine sa langue.

Combien de temps met une crevasse à guérir ?

Une fissure superficielle cicatrise en 3 à 5 jours une fois la prise corrigée. Une crevasse profonde demande une à deux semaines. Sans correction de la cause, elle dure bien plus, car chaque tétée rouvre la plaie.

Quelle crème mettre sur une crevasse d’allaitement ?

Le lait maternel, appliqué après la tétée, est le premier soin. La lanoline purifiée ou un baume compatible avec l’allaitement, sans rinçage, complète la cicatrisation en milieu humide. Les produits parfumés ou alcoolisés sont à éviter.

Pourquoi ai-je des crevasses alors que bébé semble bien téter ?

Une prise peut sembler correcte et rester trop superficielle. Un frein de langue, un tire-lait mal réglé ou un muguet sont aussi possibles. Faire observer une tétée entière par une sage-femme lève souvent le doute.

Le sang d’une crevasse est-il dangereux pour le bébé ?

Non. Le bébé peut régurgiter un peu de sang ou avoir des selles plus foncées, sans risque. Il suffit de le signaler au pédiatre. Seule une infection maternelle transmissible par le sang peut justifier une pause sur avis médical.

Peut-on prévenir les crevasses dès la maternité ?

En grande partie. Faire vérifier la prise dès les premières tétées, proposer le sein souvent, casser la succion avant de retirer le bébé et éviter le savon sur les mamelons suffisent dans la plupart des cas.

À la prochaine tétée, regardez le mamelon à la sortie de la bouche : rond, c’est bon signe ; aplati, la prise est à reprendre. Notez deux jours durant la douleur de chaque tétée de 0 à 10, côté par côté : ce carnet dira si les corrections marchent, et servira de base à la sage-femme. D’autres repères vous attendent dans la rubrique allaitement.

Source

Haute Autorité de santé, allaitement maternel : mise en œuvre et poursuite dans les 6 premiers mois de vie de l’enfant (recommandations de 2002) : prise du sein, douleurs et lésions du mamelon, poursuite de l’allaitement, consulté le 2 octobre 2026.

Cet article est informatif. Il ne remplace pas l'avis de votre sage-femme ou de votre médecin.
Maïwenn Estrade

Sage-femme en Occitanie, autrice de ce magazine. Son parcours